Depuis maintenant plus de 15 ans je travaille au troupeau avec des bergers belges malinoises. Je concours depuis 2004 avec mes chiennes que j’utilise au quotidien sur brebis, après avoir utilisé ma première chienne sur bovins. Mes malinoises vivent avec moi pour le travail au troupeau. A la différence de celles qui les ont précédées, elles n’ont plus à travailler sur les vaches. Elles conduisent seulement mon troupeau de brebis sur les espaces naturels sensibles du Conseil Général de Seine-et-Marne. Elles sont mes partenaires au quotidien pour assurer les conventions de pâturage qui me permettent de participer à l’entretien écologique d’espaces naturels. Elles mènent les brebis sur les pentes des coteaux calcaires, sur les milieux humides et anciennes gravières, sur les prairies inondables que le département de Seine-et-Marne souhaite sauvegarder en évitant le passage d’engins et de tracteurs pour le broyage et la coupe des végétaux.

Il doit être capable de prendre des initiatives

Je reste persuadée que les qualités mentales de nos bergers belges, sélectionnées via les sports de mordant, sont utiles à une utilisation concrète de leur atavisme berger lorsque celui-ci est encore présent. Cet instinct berger, on le retrouve dans la capacité innée de certains bergers belges à contourner les animaux, à contrôler leur mouvement, à balancer à l’opposé de leur conducteur derrière le lot d’animaux qu’ils doivent conduire. Certains montrent aussi de très bonnes aptitudes à travailler sur une rive, c’est-à-dire contrôler le positionnement du troupeau en longeant celui-ci sur des distances plus ou moins longues et par des allers-retours incessants.

Le standard du berger belge le précise dès son introduction, avant même toute considération morphologique : “Le Berger Belge est un chien vigilant et actif, débordant de vitalité et toujours prêt à passer à l’action. A l’aptitude innée de gardien de troupeaux, il joint les précieuses qualités du meilleur chien de garde pour la propriété. Il est, sans nulle hésitation, l’opiniâtre et ardent défenseur de son maître. Il réunit toutes les qualités requises pour être un chien de berger, de garde, de défense et de service. Son tempérament vif et alerte et son caractère assuré, sans aucune crainte ni agressivité, doivent être visibles dans l’attitude du corps et l’expression fière et attentive de ses yeux étincelants. Sans cesse en mouvement, le chien de Berger Belge semble infatigable ; sa démarche est rapide, élastique et vive. Il est capable d’effectuer un changement soudain de direction en pleine vitesse ; par son tempérament exubérant et son désir de garder et de protéger, il a une tendance marquée à se mouvoir en cercles.” (extraits du standard FCI n°15).

Pour contenir un lot d’animaux (entre 5 et 20 brebis, de 4 à 10 génisses par exemple) ou encore conduire un troupeau (de 100 à 2000 brebis, de 20 à 50 vaches) il faut absolument un chien réactif, vigilent, obéissant mais capable de prendre des initiatives. Il faut un chien courageux: il doit savoir gagner face à une charge de bélier, de brebis protégeant son agneau ou encore un coup de pied ou une charge de bovin. Il doit s’imposer mentalement, mais aussi physiquement, le contact allant parfois jusqu’à la morsure. Cette dernière devra se faire de face, pas par derrière, ce qui sanctionnerait l’animal au moment où il capitule et tourne le dos. Il faut un chien courageux pour aller mordre un bélier de plus de 100 kilos ou un taurillon de 300 kilos qui lui fait face! La morsure de stress, qui permet au chien de se délester de la tension accumulée, est à proscrire. Il faut donc un chien bien équilibré pour faire un bon chien de berger.

Il nous faut un chien rapide, tonique, mais qui acceptera de rester discret et loin des animaux si son maître le lui demande. Qui acceptera de rester immobile lors de manipulations des bêtes ou lorsque celles-ci pâturent. Il faut des chiens dont le mental supporte la pression du dressage et les exigences du berger qui sont parfois à l’opposé de ce que commande son instinct. Il doit néanmoins toujours garder celui-ci présent et être capable d’anticiper un ordre pour arrêter une fuite par exemple.

Une polyvalence légendaire

Par ailleurs, il nous faut un chien endurant physiquement, qui doit pouvoir garder ses moyens sur le long terme et ne pas se griller inutilement face à des animaux très réactifs. Un chien puissant, qui en impose naturellement aux animaux sans avoir besoin de trop en faire pour que ceux-ci se tranquilisent petit à petit lors des manipulations avec le chien. Un chien avec une santé de fer, car comme le disent les bergers, il faut autant d’années que de pattes pour faire un bon chien de berger. Alors s’il est souffrant à 6 ou 8 ans, il n’y a pas retour sur investissement…
Il y a deux aspects du travail au troupeau à appréhender : le travail quotidien, sur exploitation agricole, qui impacte à la fois les revenus de l’éleveur, la qualité et la santé (donc la productivité) de son cheptel, mais aussi son temps de travail et sa propre sécurité. Son chien doit faire preuve, au-delà de l’instinct berger naturel, d’endurance, d’initiative dans le travail, de puissance pour s’imposer à des animaux qu’il côtoie quotidiennement. Toutes qualités que possède incontestablement le berger belge.

Le deuxième aspect du travail, celui qui est présenté en concours, fera appel à d’autres qualités. La vitesse, pour parer les fuites des brebis et se positionner au plus vite pour les franchissements d’obstacles. La réactivité, pour contenir le lot bien groupé et réagir au plus vite aux ordres du conducteur. La dressabilité, pour accepter de réaliser des exercices qui contrecarrent parfois l’instinct berger naturel du chien. L’influx nerveux, qui permettra au chien de rester vigilent et mobilisé à 100% de son potentiel sur l’ensemble du parcours.

Mais là, on touche aussi aux défauts de notre berger belge : l’excès d’influx est à proscrire, surtout s’il s’accompagne d’un manque d’équilibre ou d’une trop grande sensibilité. Pour supporter le dressage qui fera de lui un bon chien de troupeau, le chien de berger doit être stable et accepter la pression qui canalisera son ardeur. Mais cela n’est pas propre au berger belge, c’est le cas pour toute race de chien de berger utilisée au troupeau ! Autre défaut à proscrire, et là encore ce sera le cas pour toutes les races bergères, c’est la morsure. On peut éventuellement tolérer que le chien ait à s’imposer avec ses dents sur une bête récalcitrante, mais c’est là une preuve de « faiblesse » car le chien arrivera à cette extrémité seulement s’il a manqué de puissance face au troupeau. Tout autre type de morsure est à interdire formellement. Lorsque l’instinct berger est présent et que le chien est bien hiérarchisé, pas de souci, car ce dernier ne se permet pas de prédater les animaux qu’il sait devoir rabattre vers son maître.

Le berger belge au travail, c’est toujours un vrai plaisir pour celui qui le dresse et le conduit. Toutes les qualités propres à notre race, réceptivité, réactivité, vivacité, influx, courage, se combinent pour donner un chien volontaire, dynamique et passionné lorsqu’il présente un bon instinct berger. La seule qualité qui n’est pas mise en avant lors de l’utilisation pastorale, c’est la morsure. Ce n’est pas propre au travail sur troupeau : la polyvalence de notre berger belge est légendaire. C’est pourquoi on le retrouve en recherche de stupéfiants, en décombres, dans toutes les administrations qui utilisent des chiens pour sauver des vies. Une corde de plus à son arc : il a conservé, précieusement sauvegardée par une conduite d’élevage où les qualités mentales ont été privilégiées, un instinct berger et ses qualités originelles. La sélection axée sur les qualités au travail, sans privilégier d’aspect purement phénotypique, a préservé de nombreux bergers belges des dérives de la seule sélection sur critères morphologiques…

Anne-Gaëlle BLANC

Responsable Troupeau

Commission Utilisation du CFCBB